samedi 1 décembre 2007

Double vie...

N'avez-vous jamais revé comme Spiderman, comme Superman d'avoir une double vie ? Le jour journaliste ou je ne sais quel autre métier banal. Prof par exemple.
Le jour, vous faites le mariole devant des ado prépubères et forcément boutonneux qui vous regardent d'un oeil tour à tour torve, concupiscent, amusé, horrifié. Vous refaites le monde de l'education nationale en n'y croyant qu'à moitié avec vos collègues. Vous dites bonjour au facteur, vous tenez la porte à la vieille dame. Vous cherchez votre fils à la crèche. Vous essayez de faire un peu de sport to get in shape comme c'est écrit sur les pubs.
Et quand vient la nuit, vous vous transformez en je ne sais quoi d'excentrique, d'exotique, quelque chose qui vous fasse vibrer davantage que votre mission de service publique dont vous vous acquittez pourtant fort bien.
Moi, je serais chanteuse dans une boite de jazz, en robe noire fendue, l'oeil charbonneux et la bouche vermillon, une mèche de cheveux blonds coulant sur un coté du visage. J'aurais au pied de la scène une foule fumante, alcoolisée, mal rasée qui m'écouterait religieusement. Ouhhhh, j'en ai des frissons !
Eh bien j'ai connu quelqu'un qui menait une double vie. Il s'appelle Vincent, mais tout le monde l'appelle Enzo. Le jour, il est fleuriste, ou plutôt "artiste floral" comme il aime se definir lui-même. Il excelle dans son métier, cela lui permet d'investir dans des tenues et des perruques absolument incroyables qu'Enzo porte la nuit. Vous l'avez deviné, il est drag queen, notre brave fleuriste. Artiste jusqu'au bout des ongles. Alors que je le connaissais depuis quelques mois, je suis allé voir son show en discothèque. Il en parlait tellement, de façon si passionnée, que je ne doutais pas un instant que son exhibition fût exceptionnelle.
Direction donc un samedi soir à travers champs et forêts vers une boite miteuse qui devait s'appeler le Boy ou Chez Renato ou je ne sais quel nom un peu cliché, pour aller voir le show cosmique d'Enzo. L'intérieur de la boîte de nuit tenait les promesses de l'extérieur : éclairage qui se veut tamisé, ampoules qui diffusent une lumière verdâtre d'aquarium mal nettoyé, velours grenat pour les sièges, boule à facettes de marché aux puces. Bref, le lieu porte à la rêverie. Je m'installe donc au bar, commande un picon bière (il paraît que ça rend fou et j'ai toujours adoré cette idée) et me prend à rêver qu'entrent d'un pas chaloupé, sur la piste où tournoient des lumières multicolores, un sioux, un motard, un marin, un sherif (fais-moi peur), un ouvrier avec le tournevis entre les dents et bien sûr l'inenarrable moustachu à casquette vernie (ça revient à la mode, d'ailleurs). Au deuxième verre de ce délicieux breuvage du Nord dont en Alsace il existe une version appelée "Amer Bière", alors qu'en face de moi se trémoussent les Village People, qu'à côté deux ephèbes entreprennent de s'échanger leurs chewing gum, je vois arriver sur le dance floor un échalas entièrement recouvert d'une combinaison violette qui ne cachait rien de son anatomie. Il ondulait sur des talons vertigineux alors qu'à ses pieds se traînait une sorte d'esclave mi-homme mi-teckel par ses accessoires, et fort peu vêtu. La piste s'est vidée respectueusement, laissant la place à ce que j'avais fini par identifier comme mon brave artiste floral Vincent, euh Enzo. Saisie d'un fou rire irrépressible, j'ai immédiatement vidé mon verre, pour ne pas que ce pervers de barman y planque encore cinq exta supplémentaires et que je me mette à voir le lampadaire violet et son clebs en train de mimer un accouplement dantesque. Pas de bol ce soir-là, il avait dû avoir le temps de foutre des tas de saloperies dans mon fond de picon parce que c'est exactement ce que j'ai vu. Le clebard a commencé par simuler une fellation et d'autres caresses fort intimes à la brindille, puis cette dernière s'est pliée en je ne sais combien de morceaux (car elle était fort longue et je doute qu'il lui eût suffi de se plier en deux ) pour se mettre au niveau de son partenaire obligeant.
J'avais l'estomac en vrac, les pupilles un peu trop dilatées. Avant de me donner moi aussi en spectacle et tant que mes jambes me portaient suffisemment pour m'assurer une sortie de bipède plus ou moins digne, j'ai regagné ma voiture.
J'ai retraversé la campagne comme on traverse le miroir et je suis rentrée me coucher, pas tout à fait sure de n'avoir bu que deux verres, ni d'avoir vu ce que je croyais avoir vu.
Aujourd'hui encore, je doute et me demande si je n'ai pas revé cette soirée. C'est bien possible après tout. Monsieur Freud, s'il vous plait, restez bien au fond de votre tombeau et ne venez pas m'analyser ça.

7 commentaires:

Anonyme a dit…

HAAAA! Nos amis les êtres humains!!!! J'avais moi-même fait un truc du genre "mes zaventures au pays des bizarros" parce que parfois c'est vraiment étonnant.
Chouette histoire et bien écrite, de quoi rendre tolérant non?
Mais je me rappelle aussi d'un fameux barman super sympa d'ailleurs à Mulhouse, et on avait passé une soirée géniale!
Je me souviens aussi d'une sortie "brame du daim" mais ça, on va dire que c'est classé top-secret!!! :-)
Bizzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz

ramasse-miette a dit…

Ah ! le brame du daim.... j'en ferai peut-être quelque chose un de ces 4... j'attends la saison des amours, ce sera plus approprié n'est-ce pas ?
En revanche, pour le barman, va falloir me rafraîchir la mémoire... c'est que j'en connais des brouettées pleines, de barmen...

bises

Anonyme a dit…

Le barman qui avait plein de peircings partout et qui était une armoire à glace, dans ce bar où on pouvait lui demander la musique qu'on voulait et on avait fini en dansant avec tous les gens c'était super sympa!
Bon là je vends la mèche un peu...

ramasse-miette a dit…

Ahh J*** surement! Faudra aussi que j'en parle un jour, de çui-là, y a de quoi écrire un bouquin ! Pas trop loin de là où j'habitais, c'est ça ? Le barman est un vieux punk de la belle époque ?

Anonyme a dit…

Voilà, c'est exact! Je me rappelle d'une super soirée bien délirante où j'ai beaucoup ri (ce qui prouve d'ailleurs qu'elle était bien)!

Miss Laurence a dit…

Chère Blog-amis d'Ink,

J'ai lu tes lignes avec grand plaisir. Je découvre une belle plume. Je reviendrais, c'est chose sûre.

Pour anecdote, j'ai connu aussi un charmant jeune homme au pseudo floral qui était gérant d'une boutique de vêtement. Je crois bien que toute la ville ait vu son petit numéro, seule moi, résistante, je ne suis pas allée le voir. Peut-être parce que je me dis que mon imagination est parfois meilleure que la réalité toute crue.

Bizzzzzzz

P.S. Merci d'être venue me faire un happy coucou. :-)

ramasse-miette a dit…

Ink - j'en ai passé du temps, dans de bar... nostalgie....

Laurence - reviens quand tu veux, tu es la bienvenue ! mi casa es su casa .