dimanche 5 juillet 2009

Miette et son environnement toxique.

Miette aurait pu prendre la décision de se faire les ongles tous les jeudis, comme sa soeur, ou d'arrêter pour de bon de manger le gras du jambon, de boire de l'alcool ou d'avoir des lectures plus intelligentes, de passer moins de temps devant l'ordinateur, de faire du sport ou d'arrêter de jurer au moindre pretexte. Mais non, Miette est trop paresseuse, gourmande, futile, encore paresseuse et même emportée. Alors, ne reculant devant aucune facilité, elle a décidé dans un élan d'ambition démesurée et d'energie hors du commun de rassembler quelques papiers (elle a dû demander à la secretaire de retrouver pour elle ceux qu'elle avait perdus)et même d'écrire une lettre de motivation.
Tout cet air brassé en vue de postuler à un poste "susceptible d'être vacant" qui lui aurait permis pendant un an au moins d'échapper à la dictature de sa supérieure hierarchique qui telle une mitose anarchique pourrit tout ce qu'elle touche. Dans un souci de respecter son anonymat (auquel elle ne tient pas en général), nous l'appellerons Mitose Rappelez-vous Vian et sa Framboise ...
Miette donc, aussi motivée qu'un jeune cadre dynamique, les dents aiguisées comme un requin de la finance, s'en va présenter son dossier à sa chef qui doit y apposer un avis entre "défavorable" et "tres favorable". Elle arbore son plus bel ultrabright, tout ratelier dehors, étincelant comme l'auréole qui nimbe l'enfant jésus, elle faux-culte tout ce qu'elle peut, elle veut avoir sa chance de s'évader de cette prison pendant une petite année alors elle rameute toute l'hypocrisie qu'elle peut et se la colle sur la tronche. Elle a toutes ses chances de l'avoir ce putain de poste, faut juste que sa pas-si-supérieure-que-ça y mette un avis tres favorable ; elle veut tellement se barrer qu'elle se sent pousser une sorte de super pouvoir capable d'imprimer ces desirs à son environnement. Et puis surtout, elle sait que la chef, elle serait trop contente de se débarrasser de cette Miette qui lui colle à la molaire, qui se fiche entre ses ratiches et fait pas joli joli devant le beau monde.

"Bonjour, Madâme, compte-t-elle fleurette. Je viens vous praisanter mon dôssier de candidature pour le poste en-dehors de votre zone d'action et de malfaisance.
-Bonjour, Mle Miette. Je vous préviens, je vais mettre "avis reservé", laisse tomber l'omnipotente.
-Mais pour pour pourquoi ?
-L'appel à candidature est arrivé bien tard. J'ai déjà tout prévu pour l'année prochaine. Votre départ chamboulerait toute mon organisation, expose doctement la toute puissante maîtresse du sort de la pauvre Miette."

Là, Miette a une pensée pour toutes ces femmes qui ne changent pas de mari parce qu'elles aiment trop leur maison, leur jardin, leur quartier, leur cuisine, la friteuse de la mère de monsieur qu'elles devraient quitter... Vous avez du mal à me suivre ? C'est juste que le côté "ah non, ça chamboulerait mon organisation" renvoie indeffectiblement notre Miette à un univers étriqué, mesquin, qui lui donne des envies de tout casser.

Revenons à notre entretien tumultueux :
Miette s'insurge mais reste mielleuse, voire larmoyante, elle sort tous ces arguments. La bataille fait rage. La chef assene quelques mensonges que Miette pare bravement. Avec l'aide d'une collègue mais néanmoins amie qui se trouvait engluée dans la même mélasse, Miette obtient un avis tres favorable.
"Mais attention, si je vous mets "très favorable", ratiocine la vilaine, je vous retire le projet sur lequel vous avez commencé à travailler cette année et que vous vouliez poursuivre l'an prochain."
Miette opère alors un rappel de vocabulaire : postuler ne signifie pas être recruté. Il serait plus sage d'attendre la réponse avant de prendre des décisions éhontées.

Rasserenée, Miette attend les résultats, en ne croyant que mollement aux tentatives d'intimidation de Mitose. En effet, il n'y aurait aucune logique à lui retirer un projet si elle reste sur place pour le conduire, sachant que personne ne peut la remplacer si elle l'abandonne.

Eh bien, savez-vous ce qui arriva ? Ce ne fut point le serpent qui creva (un carambar à celui ou celle qui retrouve l'allusion). Le poste "susceptible d'être vacant" n'a pas été évacué par celui qui l'occupait. En revanche, Miette a été démise de son projet, sans autre forme de procès. Elle restera dans ses fonctions l'an prochain mais sans la possibilité de mener à son terme ce qu'elle avait dejà bien entamé.

Le plus triste dans cette histoire, ce sont les usagers, je n'en ai pas parlé, mais ils s'attendent à poursuivre le travail commencé, ils sont motivés, ils y croient, ils se sont investis et veulent s'investir encore.
La Tres Hierarchique Mitose les a sacrifiés sur l'autel de sa fatuité.



dimanche 19 avril 2009

Un couple bien assorti

Envie de parler de couples, plus ou moins bien assortis....
et puis non, regardez un peu ces deux-là, et tout est dit.

jeudi 9 avril 2009

voyage voyage

Ce matin, je me suis réveillée plus fatiguée que je ne m'étais couchée... logique, j'ai pas mal voyagé dans la nuit.
Suite au decès de ma grand-mère, ma mère a voulu que mon père et moi-même l'accompagnions en Algérie. Je n'avais aucune envie de la suivre, parce que mon petit copain restait en France. J'ai invoqué tous les pretextes possibles, en vain. Toutefois, quand à contre-coeur je me suis assise dans l'avion, ma mère m'a appris qu'on resterait environ deux semaines au bled. Le problème, c'est que je n'avais emporté qu'un pantalon et un t-shirt car je pensais qu'on ne resterait que jusqu'au lendemain. J'ai donc dû sortir de l'avion pour rentrer preparer d'autres affaires. Du coup, j'ai obtenu ce que je voulais.
Mais de retour à la maison, j'ai perdu beaucoup de temps à trouver un vol pour rejoindre mes parents. J'ai quand-même eu le temps d'embrasser mon petit ami, il etait grand et avait les cheveux longs.
En fin de compte, je me suis retrouvée en Algérie, dans un magasin d'electromenager à choisir une radio pour ma grand-mère. La vendeuse était une cousine. En même temps, j'avais l'impression que tous les gens que je croisais faisaient partie de ma famille...
Bizarre bizarre tout ça. Tais-toi Sigmund, je me passe de tes commentaires !

mardi 17 mars 2009

Défense et Illustration de la langue française

Parmi toutes les expressions imagées de notre belle langue, il en est une qui me plait particulièrement, dont je me délecte régulièrement. Cette expression est certes un brin triviale, d'aucun mauvais coucheurs la qualifieront de vulgaire... moi je la trouve tout simplement ... expressive, forte, percutante, pertinente malgré une tendance à l'opacité pour certains. Ceux qui n'ont pas une once de poésie, d'ironie ou d'humour dans leur vie (et ils sont légion) ne la comprennent tout bonnement pas et m'ouvrent de grand yeux effarés lorsque, tel un diamant brut, elle choit de mes lèvres. C'est là d'ailleurs un de mes grands plaisirs : prononcer cette expression face à des gens dont je sais qu'elle coupera le souffle pendant une ou deux secondes. Cette expression merveilleuse a le talent, lorsqu'elle tombe dans une oreille, de faire béer la bouche.
Cette expression, je vous la livre brut de brut, attention Ginette, accroche-toi à ta petite culotte, c'est....

"Touche à ton cul t'auras des verrues"

Eh oui, cette petite expression toute simplette en même un peu enfantine peut choquer certains tenants de la bonne morale. Quand je la prononce, on me regarde en coin, souvent l'on sourit un peu d'un air de dire "Ah, cette Miette, elle n'a aucune idée des bienséances et des niveaux de langue, mais elle nous fait bien rigoler".
Il arrive aussi que mon interlocuteur me fixe un instant, craignant d'avoir mal saisi ce qui vient de sortir de ma bouche... c'est là que je commence à jubiler... car le quidam qui m'interroge des prunelles n'a en général jamais encore ouï cette expression et se demande, pour sûr, pourquoi je lui parle de son cul ! eh oui, les gens auxquels je parle n'ont en général pas un pet de mouche de second degré. Je les vois qui se demandent comment je sais qu'ils ont au cul des verrues, ce dont à vrai dire je me fiche comme d'une guigne. Parfois aussi ils sont outrés : "Moi ? toucher mon cul ? ah non, jamais ! "
Après les quelques secondes de silence interrogateur ou choqué que j'ai laissées filer avec un plaisir sans pareil, je reprends la conversation en souriant ; parfois je vais jusqu'à expliciter l'emploi de cette expression qui ne signifie rien d'autre que "c'est cela oui", "tu peux toujours courir" ou "tu me prends pour une idiote ?". Mais je dois avouer que la reprise à but explicatif que je fais de mon expression favorite est en général plutôt ironique, de manière que mon interlocuteur, rasséréné (il a compris que je ne lui parle pas de ce cul qu'il ne touche pas de peur d'avoir des verrues), ne se sente nullement agressé par mon refus ou la fin de non recevoir que je lui oppose.

Bref, je vais mettre un terme à mes élucubrations. On peut penser que je n'avais pas grand chose à dire aujourd'hui. C'est peut-être vrai. J'avais juste envie de discourir sur notre belle langue et sur les possibilités qu'elle offre.





lundi 2 mars 2009

Au théâtre ce soir.

Aujourd'hui, Miette n'invente rien.
Elle livre brut de décoffrage son entretien de ce jour avec son supérieur hiérarchique ; entretien qu'elle a eu le soin d'enregistrer avec son dictaphone de super espion de l'espace... vous êtes prets ? Accorchez-vous à votre petite culotte parce que...
« Nous sommes transportés dans une autre dimension, une dimension faite non seulement de paysages et de sons, mais surtout d’esprits. Un voyage dans une contrée sans fin dont les frontières sont notre imagination. Un voyage au bout des ténèbres, où il n’y a qu’une seule destination : La Quatrième Dimension. »
Bienvenue dans les bas fonds de l'education nationale...

Lundi, 16 heures. Miette l'insolente est dans le bureau de la Principale. Elle prend connaissance de sa notation administrative...
Voici la remarque que le chef d'établissement a rédigée :
"Mlle Miette donne satisfaction. Néanmoins, elle devrait se montrer plus respectueuse envers la Principale du collège."

Principale : C'est sur l'appréciation que je voudrais qu'on en discute.
Miette lit la remarque: Ah bon
Principale : oui
Miette : Je vous écoute
Principale : ben... moi je vous écoute. Parce que je vous dis ce que je pense.
Miette : Vous l'écrivez
Principale : J'ai attendu, j'ai attendu, j'ai attendu et puis un moment je pense que...
Miette : En quel sens vous ai-je manqué de respect ?
Principale : Euh... dans vos réponses, dans votre attitude, euh... voilà.
Miette : Je ne vois pas de quoi vous parlez.
Principale : Moi je sais de quoi je parle et je n'ai pas envie de....
Miette : mais, justement, si vous voulez qu'on en discute.... j'aimerais comprendre
Principale : Je n'ai pas envie de...de...de... polémiquer autour de quoi que ce soit. En tous cas, euh... plusieurs fois dans vos réponses, dans votre attitude euh... Peut-être que nous n'avons pas la même notion de respect, peut-être. Mais je trouve que y a des moments où vraiment je me... bon. Je peux pas.
Miette : Vous voulez parler des fois où vous m'avez hurlé dessus peut-être ?
Principale : Et vous alors ?
Miette : Je n'ai jamais hurlé Madame, jamais.
Principale : Ah non non non non. C'est pas hurler dessus quand est-ce que je vous ai hurlé dessus ? Quand vous m'avez dit la dernière fois , c'est dans vos réponses, dans vos réponses, d'accord ?
Si vous avez quelque chose à me reprocher, vous le dites mais je n'accepte pas votre attitude envers moi, ça je n'accepte pas.
Miette : Mais dites-moi quand j'ai été irrespectueuse.
Principale : Mais moi je vous dis : à chaque fois qu'on essaie de parler, vous avez toujours une réponse, mais alors là, qui frise l'insolence. Bon, je me prends pas pour le chef d'établissement hierarchique et machin et tout, non. Je n'ai jamais donné cet effet-là. Mais j'trouve qu'un moment il faut arrêter. Si vous avez vraiment quelque chose à me reprocher vous me le dites et on crève l'abcès une bonne fois pour toutes ; vous me dites ce que vous me reprocher. Moi je vous le dis là hein moi je vous le dis. c'est ma manière à moi de faire les choses.
Miette : Justement, moi je vous demande en quoi je n'ai pas été respectueuse parce que jusqu'à présent vous ne me donnez rien de tangible là. En quoi n'ai-je pas été respectueuse ?
Principale : Moi je vous dis : dans vos réponses, à moins que vous ....
Miette interrompt (c'est pas bien ! ) : A quel moment ? Je ne me suis jamais permis...
Principale (interrompt aussi. Normal, c'est le chef)(Elle compte sur ses doigts) : Une fois, je me rappelle, une fois après euh... après un pot
Miette : Pardon ?
Principale : Deux fois... La deuxième fois, c'était euh... quand vous m'avez annoncé que vous euh... vous ne pouvez pas euh... faire la correction euh non pardon le forum des métiers (ndlr : ce qui consiste à venir surveiller benevolement des elèves pendant 4 heures pour une opération que le collège mène avec le Rotary ! ) . Quand je vous ai appelée quand vous avez mis le papier (ndlr : elle parle d'une demande d'autorisation d'absence pour probleme de garde d'enfant) dans le casier des professeurs. Après euh... la dernière fois, encore pour le forum des métiers. Il y a Mlle Miette...
Miette interrompt encore : Trois fois pour le forum des métiers ? (ndlr : Miette n'en a "raté" que 2 : une fois parce qu'elle refuse de travailler gratuitement pour le rotary, l'autre fois à cause de ce souci de garde d'enfant).
Principale : Mlle Miette, il y a une chose que voudrait vous dire : vous avez, vous, votre notion de chef d'établissement. Vous avez, vous, votre notion d'enseignant et le rôle que vous avez dans cet ét... pas dans cet établissement, en tant qu'enseignant ; je le respecte. D'accord ? Vous êtes contre, vous êtes pour, vous êtes ci vous êtes ça, vous voulez faire la révolution, ça c'est de votre droit.
Miette, d'un ton interrogateur : Je veux faire la révolution ?
Principale : Je vous dis, d'accord.... vous voulez changer....
Miette : J'essaie de comprendre.
Principale, continuant sa phrase : ... les choses, ça je respecte, y a rien, y a pas de raison. Mais dans la manière de faire c'est...c'est...
Miette : mais écoutez madame, je ne vous ai jamais manqué de respect.
Principale : Ben ecoutez c'est grave c'est grave alors si vous ne vous rendez pas compte.
Miette : je ne vous ai jamais crié dessus comme vous vous êtes dejà permis de le faire, je ne vous ai jamais menacée comme vous vous êtes dejà permis de le faire, j'...
Principale (coupe) : Pardon ? quand vous étiez dans le hall ? (ndlr :elle fait reference à la fois où Miette a refusé d'assurer une surveillance pour le forum des métiers)
Miette : Non madame
Principale : Mais madame Miette y a des gens qui sont venus me voir...
Miette : Non madame. Vous savez à quoi j'ai réagi sur un ton peut-etre un peu sec ? Il me semblait que premièrement que c'était l'année scolaire dernière, secondement que nous avions vidé la querelle...
Principale : ouiii
Miette : je dis donc que je vous ai peut-être répondu sur un ton un peu sec lorsque vous m'avez dit : "Eh bien si c'est comme ça, tout le monde travaillera désormais le samedi matin"
Principale (se rengorge) : eh bien oui.
Miette : Je ne vois pas ce que ça venait faire dans notre discussion.
Principale : ...
Miette : C'est une menace madame.
Principale : non
Miette : Quand ça commence par "eh bien si c'est comme ça..."
Principale : Vous vous prenez ça pour une menace ?
Miette : Oui. Qu'est-ce que c'est alors ?
Principale : Madame Miette, je vais vous dire quelque chose...
Miette (interrompt encore !) : Comme je vous l'ai dit, ça a eu lieu l'année scolaire dernière, nous en avons reparlé et....
Principale : Non non non non, je vous parle de cette année...
Miette : Cette année je vous ai fait un papier car j'ai eu un problème (de garde d'enfant, ndlr). On en a discuté très calmement et je ne vois pas en quoi je vous ai manqué de respect.
Principale : Je ne vous parle pas de ce forum des métiers-là
Miette : Pourtant vous en avez parlé là, à l'instant.
Principale : Non mais je vous dis : vous me dites quand est-ce que vous m'avez manqué de respect (je passe le bafouillage). Vous, vous m'avez manqué de respect, je vous le dis. Et autre chose : jusqu'à présent je pense que dans ma fonction, dans ma fonction je dis bien de chef d'établissement, quand euh... et je vous dis sur votre fiche de voeux, j'ai trouvé ça très cavalier mais bon, ça c'est votre manière de...
Miette : Qu'est-ce que j'ai fait ?
Principale : Vous mettez, euh... "travailler sur quatre jours" ; je le dis mais, c'est une manière de parler aux gens ça ?
Miette : Je vous ai mis ça, là, cette année ?
Principale : Oui oui. non pas cette année, la fiche de l'année dernière. j'ai laissé tomber je...
Miette : Mais c'etait pour pas vous demander quelque chose de précis (sous-entendu : une journée précise. ndlr)
Principale : Je me suis dit : d'accord, allez, je fais l'effort, je vous donne votre votre.... Ce n'était pas une obligation, vous le savez très bien, je n'ai pas d'obligation.
Miette : Je le sais très bien : vous n'avez aucune obligation
Principale : Apres je vous... je reviens .... je vous reçois... c'est sur le même ton c'est sur la même.... attendez, peut-etre nous n'avons pas la meme façon de voir l'édu... le respect, peut-être. Ca, je suis, je ne suis pas de votre génération, certes, mais je suis quand même chef d'établissement. Il ya un moment où ça me fache.
Miette : Madame je pense vraiment que vous vous faites de idées...
Principale : Non non pas du tout
Miette : ... et que vous avez des réactions peut-être épidermiques je ne sais pas
Principale : Non pas du tout madame j'ai quand-même quelques années carrière, je ne suis pas...non et je sais me maîtriser et je sais prendre du recul...
Miette : AAAHHHH..............
Principale : J'en ai pris suffisamment
Miette : Oui
Principale : D'accord ? et quand vous faites "AAAHHHH" je ne sais pas ce que ça veut dire mais je peux vous assurer que j'en ai pris suffisamment. D'accord ?
Miette : Oui. Je pense aux fois où vous m'avez hurlé dessus et je ne sais pas qui a été irrespectueux envers qui ces fois-là.
Principale : Je ne vous ai pas hurlé dessus madame.
Miette : Ah bon.
Principale : Pas du tout.
Miette : Ah bon.
Principale : Ca s'est dégénéré
Miette : Ca s'entendait jusque dans les couloirs
Principale : non non non ça s'est passé dans le couloir
Miette : ah vous parlez de ce qui s'est passé l'année scolaire précédente et que vous me reprochez dans la notation de cette année ?
Principale : non non non, c'est de cette année dont je vous parle je...
Miette (interrompt toujours) : Qu'est-ce qui s'est passé dans le couloir cette année ? expliquez-moi...
Principale : Non je vous dis quand on a crié toutes les deux...
Miette (mal élevée) : Je n'ai jamais crié, je suis désolée, non
Principale : Ecoutez, je pense que c'est pas la peine qu'on discute
Miette : Donc vous ne souhaitez pas qu'on discute finalement ?
Principale : Je veux bien mais si vous restez sur votre position comment voulez-vous qu'on établisse un dialogue madame ?
Miette : J'accepte vous avoir parlé d'un ton peut-être un peu sec l'année dernière au sujet du forum des métiers. Comme je vous le dis, on en a rediscuté après parce que toutes les deux on a peut-être haussé le ton cette fois-là. Il me semblait qu'on était sorti de l'entretien toutes les deux e disant "bon"... et c'est même vous qui avez dit "on oublie". Visiblement l'oubli, ça n'a pas marché c'est pas grave. Mais donnez-moi un autre exemple d'une fois...
Principale : Quand vous êtes sortie de mon bureau quand je vous ai convoquée toutes les trois (Miette et deux collègues ont créé une nouvelle liste d'union pour le conseil d'administration. Elles ont été elues) en vous disant.... et quand vous êtes sorties le ton et la manière...
Miette : Qu'est-ce que j'ai fait ?
Principale : Ben ecoutez, je sais pas, peut-être que j'ai des.... je sais pas. Ah voilà ! je sais pas. mais en tous cas euh voilà ce que j'ai à vous dire.
Miette : Je n'ai jamais perdu mon respect devant vous, madame (je sais que ça ne se dit pas comme ça !!!ndlr)
Principale : Ben peut-être que moi je n'ai plus la même notion de respect
Miette : C'est peut-être ça
Principale : Parce que, alors là euh... alors je sais pas qui c'est qui est dans la vérité, qui c'est qui est dans l'erreur
Miette : Je ne sais pas non plus
Principale : Parce que... voilà
Miette : En tous cas pas une fois je vous ai manqué de respect
Principale : Je veux bien le croire, je vais l'enlever (la remarque assassine sur la notation administrative) mais c'est ce que je pense et c'est ce que je pense madame Miette.
Miette : Au moins on aura mis au clair ce que vous pensez.
Principale : Et je le pense profondément.
Miette : Vous souvenez-vous de la fois justement où vous nous avez reçues toutes les trois ? Combien vous avez hurlé ? Vous souvenez-vous de ça ?
Principale : madame, madame...
Miette : Enfin, on n'a pas la même notion non plus du ton de la voix apparemment
Principale : Peut-être pas. Mais vous vous... de toute manière c'est ça. Non madame. Quelquefois votre... franchement hein... j'espère que la vie vous a.. enfin, vous apprendra le reste.
Miette : On peut l'esperer
Principale : Oui parce que franchement... Voilà. Comme je vous dis. Si euh... de toute manière on s'est .... je suis pas là pour euh... me fermer ou accepter ou euh... me faire accepter ou quoi que ce soit, ça ne m'interesse pas. je suis là pour faire fonctionner un établissement. Mon fonctionnement ne vous convient pas, certes ; je m'en fais pas pour ça, d'accord ? Je n'interviens pas dans votre pédagogie, je n'interviens pas dans vos classes, ça c'est... je n'ai pas... je pourrais, c'est aussi de ma compétence pédagogique d'accord ? Mais je respecte le travail des autres et j'aimerais aussi.... moi c'est pas une question de respect de travail, là c'est absolument pas ça. Ca c'est un autre débat. Voilà ce que j'avais à vous dire.
Miette : D'accord très bien. (sur un ton guilleret) Passez une bonne fin de journée !
Principale : Merci à vous aussi madame
Miette : mercii !

NOTA BENE :
- Miette ne perd jamais son calme.
- Miette parle en détachant bien les mots et de façon plutôt flegmatique.
- Aucun "euh..." n'a été ajouté dans les propos de la Principale, fort au contraire.
- Miette ne fait pas de "euh.."
- Miette dit "eh bien" quand la Principale dit "ben"
- Soyez indulgents sur les éventuelles erreurs d'orthographe, la dictée fut longue et pénible. Je n'ai pas le courage de relire.
- Lors du fameux entretien où les trois représentantes de la liste d'union furent conchiées par la Principale, celle-ci leur avait promis des "séquelles" ...

CONCLUSION :
- Miette est une peste.
- Par ma chandelle verte, il y a quelque chose de pourri dans ce royaume de France



vendredi 13 février 2009

Un vrai cordon bleu !

Ca leur plaît. Ils aiment. Ils adorent. Regarde comment François imbibe son pain de sauce, s'en mouille le bout des doigts. Les dents de Cynthia broient la viande avec application, on entend jusqu'au bruit que fait sa salive en se mélangeant à la nourriture. Les convives mastiquent, écrasent, hachent la chair rosée. De temps en temps une langue rose cherche sur une lèvre humide et grasse un morceau qui manque s'échapper. Par l'interstice qui s'ouvre par moments entre deux mâchoires, le regard indiscret peut voir tourner dans une bouche les aliments réduits en bouillie.
Julia ne mange pas. Elle observe ses amis qui se délectent du goulasch qu'elle a préparé pour eux. Elle joue avec le pied longiligne de son verre. Elle sourit. Les compliments pleuvent.
- Dis-donc Juju, qu'est-ce que c'est bon !
- Un vrai cordon bleu ma petite femme !
Pierre lâche un instant sa fourchette pour passer sa main dans le dos de Julia. Elle frissonne.
Et Pierre de raconter, fier et amoureux, comment son épouse s'enferme dans la cuisine pendant des heures chaque fois qu'elle confectionne un de ces petits plats qui ravissent tant leurs amis.
- J'ai toujours rêvé d'une femme qui me chasse de la cuisine, et qui dise toujours oui quand j'ai envie d'elle !
- C'est vrai, t'es tombé sur la perle rare mon cochon !
Cynthia rit. Elle a un peu sauce au coin gauche de sa bouche qu'elle ouvre si grand qu'on peut voir qu'elle n'a pas fini de mastiquer un morceau de viande mélangé à du pain.
François, l'ami de toujours, le copain d'école puis d'université. Pas deux doigts de finesse. Aucune délicatesse. Célibataire depuis Mathusalem, au moins. Et pour les siècles des siècles, amen.
Julia sourit toujours, tend la main vers François. Il lui donne son assiette. Elle le ressert. Elle ne répond jamais aux provocations de son mari, ni à celles de son ami. Il y a bien longtemps qu'elle a cessé de parler de ses principes avec eux. Féministe jusqu'au bout des ongles, elle n'aurait jamais laissé passer de tels propos dans un dîner en ville ni à l'hôpital où elle travaille. Elle n'abdique pas son engagement ; elle le met en sommeil lors des repas avec François et Cynthia, leurs plus proches amis.
Elle ne mange toujours pas. Autour de la table, les potins vont bon train. Cynthia parle de sa DRH qui s'habille si mal, qui est grande, qui est blonde, que tout le monde regarde surtout son abruti de mari quand il l'attend en voiture à la sortie du travail. François raconte comment il a mouché son collègue Fred, celui qui a une voiture de sport qui coûte un an de salaire. C'est sûr, ses gosses n'ont rien à bouffer, et puis ils feront pas d'étude. Pierre donne la réplique, à l'un, à l'autre, parfois aux deux qui parlent en même temps. Il est heureux, lui, de travailler seul dans son cabinet d'architecte.
- Au moins, t'as pas de souci avec tes collègues.
- C'est clair. Je gère mes clients, mon emploi du temps comme je l'entends. Personne pour m'emmerder...
Il glisse un regard par en-dessous à Julia. Encore une blague pourrie. Elle continue de sourire. Depuis le début du repas, elle n'a pas décroché un mot. Ni mangé.
- Ca ne va pas ma bichette ? tu n'as rien mangé.
- Pourtant, c'est délicieux ! encourage Cynthia qui suinte le gras par tous les pores de sa peau.
- Vous savez, quand on cuisine...
- C'est vrai, quand on cuisine on n'a plus faim après. C'est toujours comme ça pour moi : je goûte, je regoûte, je rectifie l'assaisonnement, je goûte encore....
C'est formidable, les amis, on n'a même pas besoin de finir ses phrases avec eux, ils le font pour vous.
Ceux-là se fichent bien qu'elle n'ait pas pipé mot de tout le repas, du moment qu'elle l'a préparé.
Julia n' entend plus leur brouhaha.
Elle pense à son travail.
A l'hopital.
Elle est infirmière au bloc opératoire. Son rôle n'est pas d'aider les patients à guérir. Elle s'occupe des cadavres. Plus précisément des donneurs d'organes. C'est elle qui suture les corps, afin qu'ils soient présentables pour la famille. La mort est son métier : elle referme les gangues vides que sont devenus les donneurs. Une fois que l'équipe de prélèvement a déserté le bloc pour aller sauver une autre vie, elle se retrouve en tête à tête avec le cadavre, souvent jeune, d'un plus malchanceux, une carcasse vidée comme un poulet, sans yeux, parfois même sans visage. Parfois elle les hait, ces corps immondes, dépouillés, pillés, encore plus morts qu'avant. Parfois elle leur parle, les bichonne, quand c'est une jolie jeune fille, un beau jeune homme qui la regarde de ses yeux vides. Une fois, elle s'est occupée d'une femme d'environ trente-cinq ans, sans cœur, sans foie, sans poumon, sans rein, sans tête de fémur, et qui avait eu l'idée de se pendre, de façon que ses organes restent tous utilisables. Elle l'a regardée longuement, dans ses yeux exorbités, a cherché d'où venait un tel don de soi. Emue par cette générosité, elle l'a recousue avec soin, comme si elle allait se réveiller. Puis elle l'a remerciée, sincèrement, pour ce qu'elle avait fait.
Bien sûr, Julia ne parle jamais de son travail, quand tous les autres la saoulent avec leurs occupations. Elle a essayé, par le passé, de parler de ces personnes merveilleuses qui livrent ce qui reste de leur corps aux mains des chirurgiens, de son travail qui consiste à effacer les traces du viol chirurgical. Mais les convives souvent s'arrêtent de manger, fouillent leur assiette du bout de la fourchette comme s'il s'agissait de l'un de ces cadavres, ou restent avec la fourchette suspendue entre l'assiette et leur bouche, l'appétit coupé. Ils sont gênés de manger, de vivre, quand d'autres meurent prématurément. Culpabilité idiote, angoisse de la finitude, vertige de la contingence. Imbéciles.
Alors Julia se tait. Elle cuisine. Elle sert. Elle sourit.
Elle revoit ce jeune homme allongé sur la table hier après-midi. On aurait dit qu'il dormait. Alors qu'elle s'apprêtait à refermer le haut de sa cuisse, Julia est restée l'aiguille en l'air. Elle a admiré cette chair encore rouge qui palpitait de vie seulement quelques instants plus tôt. Elle a passé sa main à l'intérieur de la cuisse évidée. L'équipe de chirurgie était partie depuis plusieurs minutes. Elle s'est saisie du scalpel qui était encore sur la tablette et lentement, délicatement, comme pour ne pas le blesser, elle a détaché des morceaux de chair de l'intérieur du membre. Puis elle a suturé la plaie. Calmement, elle a placé les bouts roses dans une glacière destinée aux transplantations. Les couloirs du service étaient vides. Elle est rentrée chez elle, par le chemin habituel. Un léger sourire flottait sur son visage.
- Ah vraiment Julia, il faut que tu me donnes la recette de ton goulash , demande la grosse Cynthia.
- C'est un secret, répond Julia en souriant.

vendredi 14 décembre 2007

Je passe le mic' à Umberto

Aujourd'hui, je me tais... je laisse parler un certain Umberto Eco... ()
C'est un texte édifiant, drôle, pertinent.. sur les bibliothèques.
Allez ! cultivez-vous !